Bio Hubert Mingarelli

Bibliographie

Le Secret du funambule, Milan, 1989.
Le Bruit du vent, Gallimard, 1991 (Jeunesse. Relation père-fils au retour de 1914-18).
La Lumière volée, Gallimard, 1993 (Jeunesse. Deux enfants se cachent dans un cimetière pendant l’occupation allemande).
Le Jour de la cavalerie, Seuil, 1995 (Relation enfant-vieillard, comment communiquer avec l’autre ?).
L’Arbre, Seuil, 1996 (Jeunesse).
Vie de sable, Seuil, 1998 (Jeunesse).
Une Rivière verte et silencieuse, Seuil, 1999 (Relation père-fils, comment survivre à la misère ?).
La Dernière neige, Seuil, 2000 (Relation père-fils, comment tuer un chien pour avoir un oiseau ?).
La Beauté des loutres, Seuil, 2002 (Road-movie, relation adulte-enfant).
Quatre soldats, Seuil, 2003 (Comment survivre en temps de guerre ?).
Hommes sans mère, Seuil, 2004 (Dans une Amérique latine imaginaire, deux marins décident de ne pas descendre dans le même caboulot que les autres...).
Le Voyage d’Éladio, Seuil, 2005 (Dans une Amérique latine imaginaire, un vieux cherche à retrouver ceux qui ont volé les bottes de son patron pour les lui ramener).


Hubert Mingarelli par lui-même

Humain. « Moi je préfère raconter des histoires possibles, simplement humaines, à hauteur d’homme. Pas de grandes choses mais des choses justes et les plus vraies possibles. »

Uniquement « les personnages principaux. » « Les choses de la vie ne se passent pas à cinq cents ! On est deux, trois (...). Les autres, ça reste des figurants malgré tout. »

Baroudeur autodidacte, né en 1956, écrit depuis quinze ans et habite sur le plateau du Vercors.

Ecole quittée à dix-sept ans. « J’ai un brevet de timonier. Je me suis engagé dans l’armée. » Hommes sans mère « se rattache à mon expérience quand j’étais militaire, quand j’étais marin. » Quatre soldats est l’occasion de transposer cette expérience : « Comment on fait pour survivre dans un milieu hostile ? L’armée pour moi, c’est un milieu hostile. Comment on fait pour s’en tirer ? Pour survivre à ça ? »

Routes et trajets. Il y a souvent cette trame dans les romans, comme celle décrite pour Hommes sans mère qui semble se confondre avec l’expérience même de l’écriture : « A priori, c’est une espèce de voyage. C’est comme... partir avec quelqu’un en voiture. On sait qu’on va dans une ville, on ne sait pas ce qui va se passer, si on va s’entendre. Mais c’est partir d’un point pour se rendre à un autre sans savoir comment va se passer le trajet. Moi, je savais que mes deux marins... ça allait commencer sur une route perdue, et puis... ils allaient vivre quelque chose et j’allais le découvrir en même temps qu’eux. »

Travail. « Ça paraît un boulot de fainéant parce qu’on travaille deux, trois heures par jour, mais on va chercher loin. C’est un vrai travail. Faire une phrase qui tient la route, même la plus simple possible. Justement les plus simples possibles sont les plus difficiles à trouver. »

Machine à écrire et traitement de texte car « écrire, ce n’est pas du dessin, faire du graphisme, ce sont des pensées qui sont mises en mots. (...) J’ai une phrase qui me trotte dans la tête, qui ne me plaît pas pendant quinze jours, je me décide enfin à la retirer. Je suis constamment dans le texte, comme dans une structure, toujours en train de tourner autour pour refaire un truc. Ce que ne permettent pas les feuilles manuscrites, par exemple. »

Impulsion de départ ? Sur la route de Kerouac : « ça a été le déclic. Je n’avais jamais lu ça. Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir des livres aussi extraordinaires. »

Nature : ses titres lui font déjà la part belle, sable, neige, rivière, lumière... Minimalisme des descriptions : « Je ne dis que ce qui est utile, que ce qui va servir. (...) Je veux retirer la décoration, ne pas mettre du volume de phrase pour en mettre, si ça ne sert pas, je ne le marque pas. C’est un effet de loupe peut-être. »

Grandir : « Je n’ai pas envie d’être un enfant. Ça me tue ça, dans les interviews, les gens qui sont contents d’être restés un enfant ; Moi, je n’ai pas envie de ça, j’ai envie de grandir. » Ses personnages aussi grandissent : « Ce qui arrive maintenant se sont des histoires où mes personnages enfants sont devenus adultes. Ils ont fini leur chemin initiatique et maintenant ils sont confrontés à la vie. »

Autobiographie ? Non, ce serait plutôt changer l’histoire, changer son histoire : « ça parle de soi tout le temps. Après, il y a l’art et la manière. Ce ne sont jamais des histoires au premier degré, vécues. Si ! Quelques petites parts, de petits épisodes dans des livres sont des choses que j’ai vécues, exactement comme ça. Mais la trame générale, c’est quand même une fiction. C’est une histoire que j’invente. Tout est inventé. Mais en même temps, je n’invente rien. »

Reprendre : « Chaque matin, je reprends ce que j’ai écrit, je recommence systématiquement, je reviens en arrière. Et après tu les sens... (...) C’est une espèce de musique sourde, c’est l’alchimie pour moi. De ma vie, je ne saurai jamais l’expliquer. C’est trouver une évidence. »

« Écrire, c’est peut-être un acte solitaire et égoïste, mais c’est aussi une manière de se trouver une petite place dans la société. »

Lecteurs qui lui répètent que c’est toujours le même thème. « Le vrai danger aussi, c’est qu’on m’explique ce que je fais. Parce que moi je ne connais pas le résultat ! Un lecteur sait mieux interpréter mon livre que moi. Il aura une vision neuve par rapport à moi qui suis dedans et qui ne sais pas trop comprendre ce que je fais, en fait. »

Littérature et obsession : « J’ai mis plusieurs livres à parler de la même chose, tant pis. Ça changera. Je mettrai encore plusieurs livres avant de changer à nouveau. Sinon, c’est comme si un mec qui aime bien faire du bateau n’en faisait qu’une seule fois... Écrire c’est un truc d’obsessionnels. Cette remarque qu’on me fait ne me gêne pas, j’assume. »

Impudeur de ceux qui voient ce qu’il a caché entre les lignes et qui le lui disent. « Je crois que je passe mon temps à cacher plein de choses dans mes histoires. Enfin, à écrire entre les mots, entre les lignes et tout ça... (...) moi pour écrire, c’est plutôt dans la pudeur, dans la retenue. » « La littérature, c’est pas se foutre à poil. »
(Les citations sont extraites de divers entretiens accordés par Hubert Mingarelli, en 2002 ou 2004.) 



Liens :
entretien en 2004, à l'occasion de la parution d'Hommes sans mère.
panorama de l'œuvre de Mingarelli.