Bio d'Emmanuel Guibert

Emmanuel Guibert est né en 1964 à Paris. Dès son plus jeune âge, il dessine à plat ventre sur le tapis la saga familiale, […] les aventures de [ses] parents et de [ses] grands-parents [constituant] le terreau des histoires qu’ [il] racontait en dessins. Cette pratique précoce, Emmanuel Guibert la perfectionne en copiant les personnages des revues de bande dessinée - Tintin, Spirou, Pif – qui ornent les rayonnages de sa bibliothèque. Sa « vocation » de dessinateur et de scénariste de bande dessinée l’a donc toujours habité. 
Après l’obtention d’un baccalauréat littéraire, il intègre l’école Hourdé puis les Arts Décoratifs où il rencontre Frédéric Lemercier avec lequel il collabore, beaucoup plus tard, sur Le Photographe et Le Pavé de Paris. Au bout de six mois, il quitte la prestigieuse école pour se consacrer pleinement à la réalisation de story-boards pour le cinéma et la publicité. Parallèlement à ses activités professionnelles, il participe à la rédaction d’une revue d’étudiants pour laquelle il interviewe quelques grands noms du 9e Art comme Bilal ou Liberatore. Après avoir vu quelques planches d’Emmanuel Guibert, Liberatore le recommande à la rédaction d’Albin Michel qui lui propose un contrat. Il saisit cette occasion et se lance à corps perdu dans l’aventure. Brune, œuvre de fiction relatant l’ascension d’Hitler - l’idée lui a été suggérée par son éditeur -, paraît en 1992, après six ans de travail. Le caractère bancal et moralement contestable du scénario - Hitler, à l’image de Faust, passe un pacte avec le diable - et l’expressionnisme quelque peu outrancier des illustrations sont aux antipodes des livres qui l’ont fait connaître. Ce premier album, Emmanuel Guibert le qualifie rétrospectivement de « semi noyade ». 

L’amitié comme source de création 
Désorienté et épuisé par cette première expérience en solitaire, Emmanuel Guibert trouve un nouveau souffle en intégrant, en 1995, l’atelier des Vosges. Introduit par David B. auprès de cette joyeuse troupe, il se lie rapidement d’amitié avec Joann Sfar, Christophe Blain, Frédéric Boilet… Ces rencontres métamorphosent son approche de la bande dessinée désormais dictée par un souci d’épure et une profondeur du récit. De l’émulation qui règne alors au sein de cette « fratrie » vont naître de fructueuses collaborations où s’exprime toute la virtuosité de dessinateur d’Emmanuel Guibert : La Fille du professeur sur un scénario de Joann Sfar,Le Capitaine écarlate tout droit sorti de l’imagination féconde de David B. 
Parallèlement, Emmanuel Guibert, dont l’amitié apparaît comme une source de création déterminante, s’atèle à la retranscription illustrée des souvenirs de guerre de son ami Alan Ingram Cope qu’il a rencontré sur l’Île de Ré durant l’été 1994. Trois tomes de La Guerre d’Alan ont d’ores et déjà paru aux éditions L’Association ; quatre autres devraient suivre... Passeur de mémoire, Emmanuel Guibert met en images, dansLe Photographe, l’aventure d’un autre ami, Didier Lefèvre, qui a suivi une équipe de MSF au cœur de l’Afghanistan en guerre contre les Soviétiques. 
Emmanuel Guibert se lance également dans la bande dessinée pour la jeunesse où, dit-il, il peut développer une fibre totalement débridée où rien n’est interdit. Il publie Sardine de l’espace avec son acolyte Joann Sfar, dont il a repris seul les aventures, et scénarise le quotidien d’un petit âne, Ariol, « descendant animal » du Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. 

Les métamorphoses du dessin 
Emmanuel Guibert est un dessinateur virtuose et polymorphe. À chaque récit correspond un traitement graphique original. De la ligne claire du Photographe au lavis sépia de La Guerre d’Alan, Emmanuel Guibert s’est donné comme profession de foi de changer de techniques souvent ; ce changement [lui] permettant de déjouer le moment où la technique se mue en automatisme. Ces exercices de style, loin d’être vains, servent toujours le récit. Ses carnets, La Campagne à la merou Le Pavé de Paris, sont une belle illustration de l’étendue et de la subtilité de son registre pictural. 


Bibliographie sélective
Première expérience 
- Brune, Albin Michel, 1992.
Œuvres à quatre mains 
- La Fille du professeur, scénario de Joann Sfar, Dupuis, 1997.
- Le Capitaine écarlate, scénario de David B., Dupuis, 2000. 
- Les Olives noires (3 tomes), scénario de Joann Sfar, Dupuis, 2000. 
La mémoire de l’autre 
- La Guerre d’Alan (3 tomes parus), L’Association, 2000-2008.
- Le Photographe (3 tomes), Dupuis, 2003-2006.
Les carnets 
- La Campagne à la mer, Ouest France, 2002.
- Le Pavé de Paris, Ouest France, 2004. Réédition chez Futuropolis en 2007.
- Va & vient, L’Association, 2005. (« carnet rose »).
L’enfance retrouvée 
- Sardine de l’espace, Bayard, 10 tomes parus depuis 2000 (tome 1 à 8 scénario d’Emmanuel Guibert, dessin de Joann Sfar ; tomes 9 et 10 scénario et dessin d’Emmanuel Guibert).
- Ariol, Bayard, 6 tomes parus depuis 2000 (dessin de Marc Boutavant). Réédition chez Dargaud.
- Les Poixons, Bréal Jeunesse, 2003.
Ouvrages sur Emmanuel Guibert
- Monographie prématurée, Éditions de l’An 2, 2006.
- 9e Art, n° 8, CNBDI/Éditions de l’An 2, 2003.
- La nouvelle bande dessinée, entretien avec Hugues Dayez, Niffle, 2002.
Les citations sont extraites des entretiens publiés dans ces trois ouvrages.